Elizabeth P.

Pères et fils
21,00
13 mars 2019

Le narrateur n’a pas connu son père. Cette absence le culpabilise et pourrit son enfance et son adolescence. La paternité atténue son malaise. C’est un père aimant et attentif.
Mais Jay, sa fille aînée, est une adolescente torturée et il l’accompagne tendrement et d’une manière bienveillante dans son mal-être.
C’est un livre très lucide sur la paternité et sur l’absence de paternité. De plus, très bien écrit. Chaque personnage, même secondaire, est parfaitement décrit : traits, tenue vestimentaire... Mais c’est aussi un roman sombre, voire déprimant. Un sentiment cafardeux m’a accompagnée tout au long de cette lecture
L’inéluctable, le non-retour, le gâchis… une vie difficile que l’absence du père a déterminée.
Mas Jay, elle, a eu un père aimant, et sa vie est tout aussi difficile.
Alors, qu’en conclure ?

Catherine
21,00
6 mars 2019

Un très long roman écrit d’une manière très classique avec une langue parfaitement maitrisée.
En 1860, orpheline, Catherine se retrouve placée à 12 ans avec son frère jumeau. Les maîtres sont des bourgeois stupides et méprisants. Seul le fils est humain et apprend à lire à Catherine.
Quelques années plus tard, victime de maltraitance, elle s’enfuit à Paris où commence une vie pleine de rebondissements.
En 1870 c’est la guerre puis la révolution amenant à la Commune.
C’est ahurissant, on se croirait en pleine crise des gilets jaunes.
Comme quoi l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement, comme quoi les situations recommencent toujours à pourrir suscitant de nouvelles colères, comme quoi on ne sait pas tirer de leçons du passé.
En commençant à lire ce roman, bien que très bien écrit, je me disais que des histoires comme ça, avec ce style parfait mais si classique, j’en avais déjà lu des tonnes. La pauvre employée exploitée par des bourgeois sans scrupules, ça a longtemps fait pleurer dans les chaumières.
Mais ensuite, j’ai été complètement passionnée par la vie de Catherine.
Non seulement Louise Bachellerie écrit très bien, mais c’est une excellente historienne. Et si je ne raffole pas d’ordinaire de romans historiques, je dois dire que là, j’ai été complètement conquise.
Outre les événements terribles qui ont frappé la France, on redécouvre 50 ans d’Histoire, on rencontre des auteurs illustres, Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Zola... des peintres célèbres, Toulouse-Lautrec, Valladon... Et puis la petite Histoire se mêlant à la grande, la vie de Catherine, ses luttes de suffragette, sa pugnacité, ses années passées en Algérie, le retour à Paris, tout cela nous offre un superbe portrait de femme, et c’est un hommage aux femmes.
Comme quoi mes réticences du début étaient infondées.
"Catherine", c’est un grand, fort, très beau roman.

Remington
18,00
5 mars 2019

Mais quel couple improbable ! Remington, non, ce n’est pas une arme, quoique…. Elle n’a vraiment pas froid aux yeux ! La vingtaine, dépucelée le jour de ses treize ans avec bien du mal à choisir son partenaire, elle a testé tous les spécimens masculins depuis. Fedor, un vieillard qui tente désespérément d’avoir une érection. Il aborde Remington, et ces deux-là vont prendre la route pour gagner l’Italie. D’abord à bord d’une vieille Citroën, puis à pied.
Et une tendre complicité s’installe entre eux. Âmes prudes s’abstenir !
C’est cru, ça on ne peut pas le nier. Les détails ne nous sont pas épargnés.
Et pourtant, entre moultes propos salaces se glissent de très belles phrases poétiques.
Et puis c’est vraiment rythmé, on ne s’ennuie pas avec Remington et Fedor.
Ils ont chacun un passé singulier qu’ils se révèlent chemin faisant. Et la route est longue jusqu’à l’Italie, pour notre plus grand plaisir.

La Communauté
28 février 2019

Deux journalistes du « Monde » ont mené une enquête sérieuse et complète sur la ville de Trappes. Enquête qui a un côté très agréable car commençant presque comme un roman. On y découvre Jamel Debbouze, Omar Sy, La Fouine, Anelka, Sophie Aram... originaires de Trappes, et bien sûr les habitants anonymes.
Années 60, première vague de migrants recrutés par le gouvernement français.
Années 80, délinquance, trafic de drogue, prostitution, bandes organisées. La première génération semble sans espoir. Heureusement, des animateurs fabuleux tentent de sauver tous ces gamins paumés.
Années 90, l’Islam prend une tournure inquiétante, le phénomène de radicalisation est en route, restreignant la liberté des femmes et recrutant de futurs djihadistes.
Trappes a toujours eu une vocation de ville qui accueille. 10 000 habitants au départ, puis en 1973. 14 000 nouveaux venus des bidonvilles de Nanterre, des migrants actuellement… Et malgré tout cela, la solidarité entre habitants reste forte.
Bravo à Raphaëlle Bacqué et à Ariane Chemin qui ont réalisé cette solide étude très enrichissante.
Elles ont su rester concrètes, objectives et bienveillantes et nous font voir d’un autre œil cette population cosmopolite et la dérive alarmante amenée par le salafisme, le wahhabisme et toutes les mouvances musulmanes intégristes.

Le Silence du moteur
27 février 2019

Qu’il est attachant cet homme dont on ne connait pas le nom !
La cinquantaine, parisien exilé à Los Angeles, musicien plus très motivé, il sillonne les routes à bord de sa vieille jaguar en compagnie de Romy, sa fille suicidaire qui se scarifie et a quitté l’école.
Ils font de belles rencontres. Il y a une grande complicité et beaucoup de tendresse entre le père et la fille. Le ton est mélancolique et doux. Des faits comme de l’écriture émane du positivisme bien que ni l’un ni l’autre ne soient bien dans leur peau.
La lecture coule toute seule et nous enveloppe dans une ambiance agréable.
J’ai beaucoup aimé faire un bout chemin avec le narrateur et Romy sur les routes américaines, au son du moteur de la jaguar et dans le silence de leur connivence.