Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Artifices

Didier Fossey

Flamant Noir Editions

9,99
par
26 juillet 2018

Boris Le Guenn, commandant et chef de groupe à la crim' au 36 quai des orfèvres est mis sur une drôle d'enquête : le corps d'un vieil homme vient d'être retrouvé, attaché à un arbre, l'homme semblant avoir été tué par une chandelle de feu d'artifice. Quelques jours plus tard, un autre homme meurt dans sa maison de retraite, et de nouveau du matériel d'artificier a été utilisé.

Dans le même temps, Boris Le Guenn, fraîchement séparé de sa femme subit le harcèlement d'un inconnu.

Retour de Boris Le Guenn déjà rencontré dans les titres précédents de Didier Fossey : "Burn-out" et "Ad unum". Dire qu'il revient pour le plaisir des lecteurs n'est pas mentir, ceux qui le connaissent rempilent avec joie, les autres apprendront à le découvrir et auront sans doute l'envie de lire ses autres enquêtes, ce qu'évidemment je ne peux que conseiller fortement. Fidèle à son habitude, l'auteur bâtit son roman en courts chapitres qui alternent les narrateurs, ce qui permet au lecteur d'avoir un temps d'avance sur les policiers. Le rythme est rapide et s'accélère sur la fin, plaisant et si l'envie vous prend, cette construction le permettant, vous pourrez toujours poser le livre aisément et le reprendre un peu plus tard sans perdre le fil. Moi qui lis beaucoup par toutes petites tranches, cela me plaît.

Venons-en au cœur de l'ouvrage : l'histoire, l'intrigue. Originale et classique, Didier Fossey lorgne vers le thriller - avec un méchant vraiment très méchant qui en veut à son flic - mais a l'intelligence de ne pas céder aux facilités du genre (bagarres archétypales et/ou enlèvement des femmes et enfants, enfin tout ce qui est prévisible et décevant dans pas mal de thrillers étasuniens notamment). C'est cela que j'aime bien, le romancier adopte les règles du genre mais les personnalise pour écrire des romans originaux. En outre, il persiste avec ses personnages forts et bien décrits, très réalistes. C'est avant tout l'humain qui est mis au centre du roman, les aides techniques et scientifiques sont là, certes, mais l'histoire tourne autour des hommes et des femmes, de leurs sentiments, leur flair, leurs intuitions ; c'est rassurant de lire que les avancées scientifiques et technologiques sont au service de l'homme et non pas l'inverse. L'histoire est originale : la mise à mort avec du matériel de feu d'artifice, des personnages venant du passé et se rappelant aux bons souvenirs des victimes mais aussi de Boris qui sera, dans un premier temps désemparé, puis avec son équipe renouvelée se mettra à la tâche avec ardeur. Sans en dire trop sur l'intrigue, pour ne rien en dévoiler, pour laisser le goût de la découverte, je dois dire que Didier Fossey s'est bien documenté sur l'arme des crimes, sur l'Aide Sociale à l'Enfance au cœur de son roman sans en faire l'administration coupable de tous les maux des enfants dont elle s'occupe - le travers de taper dessus et sur les enfants confiés aux foyers et familles d'accueil est malheureusement souvent de mise : merci Didier de ne pas y céder.

Je parle peu de l'intrigue, car j'ai peur de trop en dire, le mieux, c'est que vous apportiez ce roman en vacances pour vous faire votre propre idée, et même s'il n'est pas franchement gai - cela reste un polar, pas une comédie policière -, il tient en haleine jusqu'au bout et vous pourriez même avoir l'envie de prolonger un peu en lisant moins vite. Et si vous n'avez pas le temps de lire pendant les vacances, il fera tout aussi bien l'affaire à un autre moment, en hiver au coin du feu...

Didier Fossey en cinq romans (j'en ai deux de retard : "Traque sur le Web" - réédité dans l'excellente maison Flamant noir - et "Na Zdrowie", chez L'Atelier Mosésu, une enquête de l'Embaumeur)

Osez 20 histoires sea, sex and sun
8,90
par
26 juillet 2018

Vingt nouvelles qui ont donc en commun, d'abord d'être érotiques et ensuite de se passer en vacances à la mer.

En ce début d'été qui s'annonce chaud, c'est La Musardine, spécialiste du genre érotique qui fera l'objet de ma recension.

Y a-t-il de la nouveauté dans ce recueil ? Pas vraiment, bien que je ne sois pas spécialiste du genre littéraire en question, j'ose - moi aussi - dire que les situations se ressemblent. Le paysage change un peu, surtout la température de l'eau selon que les héros sont au bord de la Méditerranée ou en Bretagne. Pour ce qui est de la température des corps, elle est unanimement brûlante voire torride, et certaines parties du corps, souvent détaillées, sont en ébullition, tant qu'elles émoustilleront les plus insensibles d'entre nous.

Dans beaucoup de nouvelles, les femmes prennent les devants - et les hommes les arrières (désolé, elle était tentante) - et se sont elles qui cherchent à provoquer le désir de l'homme qu'elles ont repéré. Est-ce parce que la majorité des auteurs de ce recueil sont des femmes ? En tous les cas, ça donne sans doute une plus grande sensualité, des scènes certes crues mais pas en enfilade (ce n'est qu'une expression, ne visualisez pas !). Allez, mes préférées pour la suite :

- "C'étaient les vacances" (Maître Vicaire Albion) : une femme trompe l'ennui et son mari en initiant un homme plus jeune et un peu emprunté (la chute est drôle et imprévisible).

- "Le paréo bleu" (Zakya Gnaoui) : une femme professeur dans une faculté parisienne et délaissée par son mari pendant un été, se surprend à avoir de nouveau du désir et à en provoquer chez les hommes.

- "Eaux troubles" (Clarissa Rivière) : Hironui entretient les piscines des riches propriétés et par extension - eh eh, le drôle est bien pourvu - les femmes désœuvrées qui les habitent (décidément).

- "La vie est à nous" (Valéry K. Baran) : rien de très nouveau dans l'histoire, mais le ton est intéressant : qu'on s’attend plus à retrouver dans du roman noir ou dans un roman étasunien, très oral (non, rien de cochon là non plus, enfin dans ma bouche... euh non, dans mon propos. Diable qu'il faut faire attention à ce qu'on écrit quand on cause de sexe).

- "Bienvenue chez les Ch'tis" (Cornelia B. Ferre) : franchement décalée, cette nouvelle est la plus originale à tous point de vue : la situation - ou les situations - (qu'il vaut mieux prendre au second degré) et le style direct, cru.

- "En repérage à la plage" (Romuald Ward) : ici, c'est la chute qui donne du relief à l'histoire

Voilà voilà, rien de nouveau donc sous le sea, sex & sun, mais de quoi agrémenter les longues journées et courtes soirées estivales, chaudes (il paraît que "l'été sera chaud, l'été sera chaud", la température pourrait bien monter dans les tentes, chalets et autres mobil-homes des heureux lecteurs et heureuses lectrices - puisque ce sont les femmes qui sont le plus à la manœuvre dans ces nouvelles - de ce titre.

Vast Patrick S

Le Chat Moire

9,50
par
8 juillet 2018

Cindy zone à Paris. Lorsque Marie, une vieille dame, lui propose un emploi en tant que dame de compagnie chez une de ses amies, Rosemonde Busine, à côté de Berck-sur-Mer, la jeune femme accepte pour changer d'air, dormir dans un vrai lit et économiser pour pouvoir partir en Australie.

Gérard Alvès, constructeur de maisons individuelles est, pour la seconde fois de sa vie, au bord du dépôt de bilan. Il est aussi en proie à des cauchemars en lien avec un accident de voiture vieux de cinq ans qui a coûté la vie à sa compagne d'alors et un an de coma et de rééducation pour lui.

Très vite, le lien entre les deux personnages apparaît, mais quel rôle Rosemonde veut-elle faire jouer à Cindy ? Et jusqu'où cette histoire ira-t-elle ?

Roman à tiroirs, qui, dès que l'on en ouvre un en fait découvrir d'autres insoupçonnés, surprenants. Fort bien mené, avec des rebondissements, des arnaqueurs-arnaqués voire des arnaqueurs d'arnaqueurs arnaqués, on ne sait plus où donner de la tête. Dans la folie de son imagination, Patrick S. Vast n'oublie pas de faire passer le tout avec une écriture directe, simple et fluide. Une mécanique bien huilée, dit-on couramment. On ne se demande même pas comment d'une situation certes originale mais assez paisible on peut en arriver à cet entremêlement de situations qui se croisent pour le bonheur des uns mais surtout le malheur des autres.

On ne sait jamais si les personnages sont totalement sincères ou s'ils ont une idée qui germe dans leurs esprits torturés. Chacun d'entre eux a sa part de raison mais aussi sa folie ou son désir de se sortir de sa situation difficile par n'importe quel moyen, d'où ce questionnement. Ils sont imprévisibles, et c'est formidable parce qu'ils ne sont pas là où on les attend.

Je me suis fort régalé avec ce deuxième titre des éditions Le Chat Moiré. Patrick S. Vast sait construire des histoires rocambolesques, des polars à tiroirs, à rebondissements et comme il a le talent de savoir également les raconter, le plaisir est forcément au rendez-vous. Encore un polar pour cet été, me demanderez-vous, haletants ? Et oui, vous répondrai-je, enthousiaste. Et celui-ci à la particularité d'être édité par une toute petite et toute jeune maison de Béthune, qui met joliment en avant la région -que je ne connais pas, mais j'irai un jour- et qui est à un prix très abordable. Idéal donc pour les vacances dont il ne crèvera pas le budget.

Gaston / Gala de gaffes

Franquin, André

Dupuis

10,95
par
8 juillet 2018

Que dire des albums de Gaston, si ce n'est que ça me rappelle ma jeunesse ? Gaston, cet éternel fatigué et fainéant, inventeur de trucs inutiles donc indispensables, comme disait un animateur-télé il y a longtemps. Gaston, qui cherche toutes les parades pour ne pas bosser, et qui, même lorsqu'il cherche à bien faire, gaffe.

C'est drôle forcément, inventif, jamais méchant. Même Fantasio, le malchanceux collègue de Gaston, lui en veut mais oublie vite ses mésaventures. Dans cet album, pas encore de mademoiselle Jeanne, ni de voiture à damiers jaunes et noirs. Gaston, Fantasio et M. de Mesmaeker -qui a quand même très envie de les signer ses contrats, puisqu'il revient souvent-, ainsi qu'un hérisson, un Gaston latex et divers animaux.

Un plaisir régressif, oui, mais un très bon moment et un album qui va se lire et se relire et qui fait rire tout le monde, même les plus jeunes...

Là où vivent les loups
par
8 juillet 2018

Priam Monet, presque deux mètres de haut et plus de 150 kilos, d'humeur invariablement de chien, misanthrope, commandant à l'IGPN -la police des polices- détestant être loin de Paris, débarque à Thyanne, vallée perdue des Alpes, pour faire un audit de la police locale. Bien accueilli par Claire, jeune flique sympathique, mariée à un garde forestier, deux enfants. Lorsqu'un migrant est retrouvé au bas d'une falaise, mort, seul Priam comprend qu'il ne s'agit pas d'un accident. En tant qu'ex de la crim', la substitut du procureur lui donne la direction de l'enquête.

Tout pour plaire, ce Priam : son physique, sa misanthropie, sa quasi perpétuelle mauvaise humeur. Les mots les plus usités au début de l'ouvrage sont "il déteste", "il n'aime pas", c'est presque un inventaire. Enfin, un héros qui sort de l'ordinaire. Je sens que je vais me régaler. Et ça commence très fort. Antipathique et attachant, Priam s'accorde les grâces de Mona, la fillette de Claire, sa collègue, qui n'a pas la langue dans sa poche. Le duo Claire/Priam fonctionne parfaitement et Laurent Guillaume évite le piège de la fliquette qui apprend tout du super commandant ; chacun y va de ses bourdes, mais aussi de ses réflexions et recherches qui font avancer l'enquête.

Les personnages sont fouillés, travaillés et le contexte géographique et économique entre en interaction avec leurs rôles, leurs attitudes : Priam que rien ne lie au lieu n'hésite pas à donner un coup de pied dans la fourmilière -même si lorsque c'est Mona qui lui en montre une vraie, devant la petite, il n'ose pas- lorsque Claire, habitante du lieu, hésite ; ne veut pas se mettre à dos les gens qu'elle connaît depuis longtemps et avec lesquels elle continuera de vivre après l'enquête. La montagne est très présente, l'ambiance, presque un huis-clos dans cette vallée, pas vraiment joyeuse. L'air est lourd. Le romancier, ex-flic, décrit très bien cette atmosphère tendue, sous pression qui joue pour beaucoup dans l'absolue nécessité de tourner les pages vite sans pour autant en rater une seule.

L'intrigue tient la route ,même si l'on peut se douter assez vite du rôle de certains ; c'est le huis-clos qui veut cela, mais des détails qui s’avéreront n'en être pas forcément viendront ajouter du piment et du suspense. Jusqu'au bout, j'ai lu avec plaisir et avidité. Le ton adopté par Laurent Guillaume y est aussi pour beaucoup. Priam a un langage fleuri, son côté ours parisien se heurte à tout ce qu'il voit et à ceux -et surtout celles : Claire, Mona la petite fille et Marie la journaliste- qu'il rencontre et qui l'humanisent un peu. Ce polar tourne admirablement bien et c'est une divine surprise, de celle qui, lorsqu'on ne s'y attend pas -c'est le principe de la surprise-, laisse un goût de revenez-y -et oui, je verrais bien Priam revenir dans une autre aventure -c'est dire si j'ai aimé-, et surtout de "mais-pourquoi-c'est-déjà-fini ?". Et pourtant, 300 pages, j'ai pu en profiter, n'est-il pas ? Oui, mais j'aurais bien pris du rab, comme Priam lorsqu'il est à table...