Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Le jeu de la défense
par
21 juin 2018

Ce gros roman policier d'un peu plus de 400 pages réussit l'exploit de passionner de bout en bout sans en faire des tonnes. Pas de sexe, ou très peu (ça c'est pour maintenir le suspense pour les plus libidineux), pas de sang qui coule à toutes les pages, pas de descriptions à peine soutenables de cadavres ou autres tortures. Peu d'action finalement, un peu quand même mais surtout du concret, du réaliste, du "vécu". André Buffard, avocat depuis 1972, qui a défendu quelques grands noms (Carlos -le terroriste, pas le chanteur-amuseur-, Pierre Chanal -les disparus de Mourmelon-, JC Romand, ...) est très précis, clair, net. Il détaille les faits. On sent qu'il connaît bien les rouages et les arcanes de la justice. Il explique les dessous de sa profession sans rien omettre. A la fois cette distance qu'il faut avoir avec les actes commis -ou pas- par la personne qu'il défend, sachant que tout homme a le droit d'être défendu. Par l'intermédiaire de son héros, David Lucas, il donne un point de vue intéressant de celui qui peut défendre n'importe quel accusé sans pour autant épouser sa cause ou même comprendre ou excuser les actes commis, il donne sa position et laisse le lecteur se faire son opinion, ne cherche pas à le convaincre. Son récit, parce que parfois, ce polar peut ressembler à un récit, est minutieux, on a l'impression de vivre la justice de l'intérieur.

David Lucas est le personnage principal, le narrateur également, celui par qui on avance dans cette histoire a priori simple pour les enquêteurs et pourtant complexe puisqu'il faudra l'entièreté du roman pour tout comprendre. Il n'est ni sympathique ni antipathique, c'est le genre de personnes de bon conseil, pointu dans son domaine qui aime son boulot, avec qui on pourrait passer des heures autour d'un bon verre -pas de whisky, au contraire de lui, je n'aime pas ça- pour en parler, écouter sa position sur le métier d'avocat et poser des questions, argumenter...

David Lucas-André Buffard n'hésite pas non plus à parler de la médiatisation des avocats, notamment lorsqu'ils sont sur des affaires qui défrayent la chronique et font la une des journaux. Défendre celui que tout le monde accuse est payant médiatiquement, il ne s'en cache pas, surtout lorsque le verdict est favorable à la défense. Certains ténors du barreau comme on a coutume de dire, soignent leur image, jouent avec les médias, font leur pub qui fonctionne bien mieux que s'ils louaient de grands panneaux publicitaires.

J'ai beaucoup aimé ce polar pour toutes les raisons évoquées, pour l'écriture d'André Buffard, directe, précise, pour l'intrigue également et les rebondissements, les à-côtés liés au métier d'avocat. Vraiment une très belle surprise que ce roman-policier original puisqu'on n'est pas dans une enquête proprement dite, ni dans un roman de procès, l'auteur puise dans tous les genres pour sortir son histoire qui pourrait bien vous tenir en haleine cet été, puisque la saison des lectures estivales approche.

La dernière couverture
par
21 juin 2018

Raphaël est photographe de presse, cornaqué, épaulé par Bernard, un ancien dans le métier, ex-militaire -comme Raphaël. Bernard est réputé, a pris des photos qui ont la une de plusieurs magazines. Du pipole, du politique, du politico-judiciaro-financier, il a touché à tous les domaines assurant sa notoriété et son aisance pécuniaire. Mais ce qui paraît simple pour les lecteurs et pour le public, l'est nettement moins lorsque, comme Raphaël, on pénètre dans ce monde i particulier. Aussi, lorsque Bernard est victime d'un accident d'hélicoptère, le jeune homme commence-t-il à éplucher la vie de son mentor et comprend-il que l'accident n'est est peut-être pas un.

Roman d'espionnage plus que roman policier, Matthieu Dixon plonge dans les coulisses de la presse. Le constat n'est pas très glorieux, entre les vrais-fausses photos volées, les arrangements entre amis pour relancer une carrière, pour en couler une autre qu'elle soit artistique mais surtout politique. Si le pipole nourrit son photographe, Raphaël va assurer ses arrières en y prenant sa place, mais s'intéresser surtout au politique et aux drôles de relations qu'entretiennent certains membres de ce monde avec des hommes d'affaires douteux (le vendeur d'armes qui s'appelle Michel Dossa et qui n'a pas changé sa monture de lunettes depuis les années 80, je dis bravo). Dès lors, la réflexion sur le rôle de la presse, sur son supposé pouvoir, le quatrième paraît-il, vont émailler et donner l'ossature de ce texte :

"- Tu ne t'es pas demandé si toutes les informations devaient être publiées ? Peut-être qu'il y a des choses que le public ne doit pas savoir ? Dont il faut le protéger ? [...] Cette photo. Tu t'es demandé qui ça servait de la publier ? Quand une information va à l'encontre des intérêts de ton pays, de ses citoyens, des lecteurs, tu fais quoi ? [...]

- Un journaliste n'a pas à prendre parti." (p.138/139)

Tout au fond du livre, Raphaël reste tiraillé entre les deux options : publier vaille que vaille ou ne publier que ce qu'il juge utile, sans nuire aux intérêts de son pays. J'imagine que c'est une discussion fréquente entre journalistes, que les deux options ont leurs défenseurs emplis d'arguments. Son intrigue repose sur cette question et sur le choix à faire.

J'ai trouvé ce roman original, d'une part parce qu'il me semble que le roman d'espionnage est un peu tombé en désuétude et c'est fort dommage, ensuite par le ton adopté, celui d'un novice qui découvre les arcanes de ce milieu. Matthieu Dixon use d'une écriture simple, qui, en même temps qu'elle explique les découvertes de son héros, fait part de ses doutes, ses peurs. Il écrit de belles phrases sur le deuil, la mort d'un proche et le vide qu'il laisse.

Le roman est foisonnant, parfois trop même -il faut quelques références sur les personnalités politiques et des affaires de ces dernières années , et m'a semblé un peu long au démarrage, mais petit à petit le rythme s'installe et si le suspense n'est pas à la hauteur d'un thriller classique, ce livre que l'éditeur nomme un thriller politique tient la route et ne ménage ni ses personnages -héros compris- ni ses lecteurs qui le refermeront avec l'envie de poursuivre la discussion sur les différents thèmes abordés. Lisez-le et faites-le lire à vos proches, que chacun affûte ses arguments.

En route vers l'extinction finale ? Et si on misaiit plutôt sur la biodiversité ?
par
21 juin 2018

Gilles Macagno, je l'ai découvert avec ses illustrations pour Les pouvoirs du chat noir. Cette fois-ci il est seul aux commandes de ce livre-guide-écolo très bien fait. D'abord parce qu'il part d'un constat, celui du bouleversement climatique, de la disparition de multiples espèces animales et végétales due aux actions humaines. Il revient un peu aux origines de la terre, puis remonte vers notre époque et l'accélération de ces disparitions. Il ne se contente pas de ce constat noir mais explique ce qu'il faudrait faire et pourquoi la biodiversité est plus qu'importante, vitale pour tous les vivants, humains compris. Pour qui s'intéresse aux questions écologiques, rien n'est très nouveau. mais pour les autres, les plus réticents à l'idée de changer un peu leurs habitudes pour protéger les espèces et eux-mêmes, le livre est très bien fait, facile d'accès et clair. La grande et excellente idée est de le mettre à la portée de tous. La biodiversité pourrait être un sujet abscons et difficile à traiter, Gilles Macagno résume et va à l'essentiel. En outre, il a la bonne idée de faire dans le dessin humoristique même si le sujet est dur et franchement pas joyeux et d'ajouter ici ou là des blagues, des bons mots ; ça dédramatise tout en gardant le fond.

Toujours persuadé que le message est plus fort lorsqu'il est véhiculé dans la bonne humeur voire dans l'humour, je ne peux que souscrire aux idées de l'auteur et invite fortement à la lecture de ce livre qui pourra être largement partagé dans la famille... tiens, d'ailleurs où est mon exemplaire ? M'est avis qu'un des ados l'a embarqué. L'autre suivra, je ne suis pas sûr de le revoir de sitôt (le livre, parce que l'ado se nourrit et vient donc chercher quotidiennement sa pitance -toute prête bien sûr- dans des lieux que je fréquente aussi)

La Ferme aux poupées
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21 juin 2018

Muté, dans le cadre d'un échange de compétences, dans la petite ville de Kretowice, l'inspecteur Jakub Mortka est en fait sanctionné après une sale affaire qu'il a traitée à Varsovie (voir Pyromane).

Kretowice, petite ville sans histoire, sauf que bientôt, une fillette de onze ans disparaît, sans doute enlevée et tuée par un pédophile. Icelui est très vite arrêté mais ce qui semblait être une enquête rapide révèle d'autres aspects lorsque l'inspecteur Mortka, dit Le Kub entre dans les mines d'uranium à l'abandon.

Fin du suspense initié ici même il y a deux jours (voir Pyromane), voici donc le tome N°2 de la série avec Le Kub, dans sa livrée verte fluo, du meilleur effet et très simple à retrouver lorsqu'on ne sait plus trop où on l'a posé, si tant est que l'on se permette de le poser avant de connaître le dénouement. J'avoue l'avoir fait, car il souffre d'un très léger embonpoint pas rédhibitoire certes, mais un petit régime eut été une bonne idée. Ceci étant dit, Pologne oblige, le dépaysement est assuré, mais dans un cadre bien connu celui du roman policier. Vrai polar avec les codes du genre, le flic un peu bourru et solitaire, tête de mule, obstiné et parfois mal embouché, ce deuxième tome de la série ne remet en rien mon envie de continuer à lire les aventures de Mortka, au contraire, je sens qu'il y a là, un vrai bon filon. En plus de filer son enquête, de nous embrouiller, de nous perdre et dans le même temps de nous glisser des indices nous posant question, l'auteur a la bonne idée de parler de son pays. La domination russe est encore très présente dans les esprits, notamment lorsqu'un narrateur s'exprime sur l'histoire de Kretowice et de ses mines d'uranium largement exploitée par l'ex-URSS. L'intrigue est importante, les personnages aussi, chacun, même celui qui n'intervient que peu a le droit à quelques lignes descriptives et la Pologne l'est aussi, plutôt d'un point de vue social, ce que vivent au quotidien les Polonais, leurs humeurs, leurs idées, parfois reçues, parfois dures, mais assez parlantes quant à leur état d'esprit. J'aime bien lorsqu'un polar s'appuie sur un contexte qu'il explique ou qu'il expose.

Un conseil pour finir ? Voilà, nous sommes au mois de juin, l'été arrive bientôt, et les vacances, commandez ou allez acheter les deux tomes de Wojciech Chmierlaz car ils pourraient bien être vos polars de l'été, et cette couverture verte fluo qui fera sensation sur les serviettes sur la plage ou sur les transats, enfin partout où vous serez, à tel point qu'il vous faudra en conseiller l'achat, chose aisée à faire puisque vous inspirerez alors un excellent moment de lecture.

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Pyromane
par
21 juin 2018

Varsovie subit l'hiver le plus froid depuis longtemps, les températures descendent la nuit jusqu'à moins vingt. Mais la ville subit également une série d'incendies d'origine criminelle. L'inspecteur Jakub Mortka, dit Le Kub, est demandé sur le lieu du troisième, car celui-ci a fait deux victimes : un homme mort et une femme grièvement blessée en voulant échapper aux flammes. La victime, Jan Kameron est un industriel qui fraye avec la pègre locale, sa femme Klaudia qui lutte pour survivre est une ancienne miss, ex et éphémère vedette de la chanson polonaise.

Nouveau venu en littérature policière, le Polonais Wojciech Chmielarz -pas facile à écrire et pas plus aisé à prononcer pour un Français- écrit là le premier tome d'une série avec Le Kub (ce premier, Pyromane, est paru initialement chez Agullo -et aussi cette année au Livre de poche, version dans laquelle je l'ai lu, mais je préfère la couverture Agullo, raison pour laquelle elle illustre ma recension).

La Pologne n'est pas le pays auquel on pense immédiatement lorsqu'on parle polar (sauf Les impliqués, Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski) et pourtant tout est juste dans ce roman, tout tourne et s'emboîte admirablement. C'est même un contexte beaucoup plus ressemblant au nôtre que ceux d'Amérique du nord. Bien ancré dans son pays et dans son époque avec un héros attachant, qui se moule dans les codes du genre : divorcé, à fond dans son travail, buvant pas mal, solitaire, ... ce roman se suit avec enthousiasme et beaucoup de plaisir. J'ai aimé suivre Le Kub, flic pas toujours sympathique, avec de grosses qualités bien sûr mais aussi des défauts qui le rendent humain, des peurs, des angoisses, des certitudes et des convictions et des envies fortes comme celle de faire son travail le plus sérieusement possible, de parvenir à résoudre ses enquêtes pour soulager -si tant est que ce soit possible- les victimes. Quitte pour cela à mettre sa vie personnelle en péril.

Roman sans temps mort, une vraie réussite qui donne naissance à un héros que j'ai très envie de suivre dans ses prochaines aventures, et mon petit doigt me dit que je ne vais pas tarder à... Suspense...