Pascale B.

17 août 2022

Les Pneus

Florent et Nora vivent un amour exclusif aux dépens de leurs enfants et de leur apprentissage à la vie. De fait, Tristane grandit dans l’anonymat et l’indifférence. 5 ans de traversée du désert où elle s’accomplit scolairement, vouant admiration et confiance réciproque à ses tante Bobette et cousine Cosette. Enfin, elle renaît avec la naissance de sa sœur Laetitia dont elle prend en charge l’éducation sans limites. Tristane, « petite fille terne » vit clandestinement, obsédée par sa malédiction.

Dans ce huis-clos inhabituel, il est question d’idylles exclusives, absolues et perpétuelles, de l’osmose d’un couple, de la fusion d’une fratrie, de l’importance de la famille collatérale. Il est question aussi du pouvoir et de l’impact des mots adultes sur l’enfance, sur l’avenir…

Amélie Nothomb, avec sa fantaisie, sa plume incisive et quelques clins d’œil personnels, nous offre la petite friandise de l’été qui fond au soleil, rafraîchit l’esprit du lecteur qui, tel un enfant, restera sur sa faim….

« Toi, tu ne pourras pas te détourner de moi puisque tu ne t’es jamais tournée vers moi »

21,50
17 août 2022

D’où vient l’amour universel ?

Maud vit au lieu-dit Fabrèges sur un volcan paumé éteint. Pendant que ses parents se déchirent les doigts à tresser l’osier, elle trompe l’ennui en lisant des romans feuilletons. Par amour trop jeune, elle quitte cette vie rurale étriquée pour s’engager au cœur d’un réseau.
Le récit relate ses rencontres : les personnes (le berger onaniste, le bonhomme de neige, Samuel, Sonia, sa tante, Toï, son enfant) ; les lieux (le paquebot Normandie. New-York, la guerre au Vigan) ; et ses illusions….

Quel seront les destins de Maud et de son fils chacun livrés à la vadrouille dans le chaos de l’Histoire ? Comment coordonner amour et enjeux dans un temple camisard, parmi ces passionnés d’une cause juive au péril de leur vie ?

Yann Queffelec enrôle le lecteur au personnage de Maud dans un texte poétique et juste quoique parfois un peu confus et nous interpelle sur la solitude qui rend fou.
Ses conclusions sont tristes mais belles.

"Un seul juif en liberté tordait les branches de La Croix gammée" "Un seul juif en liberté suffirait à bafouer l'antisémitisme nazi"
"L'amour vient de là où Mozart est allé chercher sa "cantilène oubliée"

17 août 2022

Où cesse l’enfance….

Vacances d’été en Tunisie pour Baya chez sa grand-mère au sein d’une véritable tribu familiale.
Année charnière pour elle qui, coincée entre les petits et les ados (où elle n’a pas encore sa place), est confrontée à ses premières menstruations et aux réactions disparates de son entourage. Baya sera seule à gérer cette puberté et ses dangereuses conséquences chassant l’enfance.

Khadija Delaval prend la parole pour corriger le silence d’une enfant ignorante et inconsciente, animée par le traumatisme et la peur, la naïveté et la culpabilité. De l’amour que porte Baya pour ses ainés, elle compose des portraits chamarrés plein d’allure mais aussi des adultes détonnant entre déballages et non-dits, manquant de discernement face au droit de cuissage….

Un roman féminin qui en apprendrait aux hommes, un récit d’une justesse inouïe dont on ne peut se détacher….

Calmann-Lévy

19,50
17 août 2022

La petite entreprise

Récit douloureux et émouvant du deuil d’Izia et d’Etienne après la perte de leur petite fille. La disparition de Zoé engendre la défaite dans leur vie de couple.
Cécile Pivot décrit avec délicatesse cette période d’évitements pour Izia, peuplée de névroses et d’esquives mais aussi le chagrin d’Etienne, plus philosophe, qui l’attend…
Comment se charger de la peine des autres jusqu’au surmenage et bien s’entourer peut être la bonne cavité où se loger pour vivre mieux sans l’être aimé….

Texte plein d’amour et d’espoir.

« Il y a des éclaircies, vous verrez »

17 août 2022

« Je te tiens par la barbichette »

Coup de cœur pour ce roman très bien écrit en deux parties temporelles :
- L’enfance de Lou, fusionnelle avec son père avec qui elle partage un pacte d’imaginaire, dont elle a fait un homme-fiction pour compenser ses absences et qu’il entretient avec affabulation.
- 10 ans plus tard, Lou vit à Londres, pratique la danse comme un sport de combat ou technique de survie et tombe amoureuse (« un amour sous le sang du secret»).

Blandine Rinkel mesure ici l’importance de la relation aux autres qui évolue avec l’âge et comment la solitude de l’enfant unique accentue le pouvoir de l’imaginaire. Comment Lou prend conscience des réalités et du poids des secrets. Elle décrit avec brio ces parents aux antipodes dont le père, fantaisiste morbide, revisite son drame passé, éclaboussant le présent. La description de ce personnage est brillante. Les courts chapitres donnent un bon rythme cette histoire ponctuée de délicates expressions.

« L’imagination est plus importante que le savoir, les secrets plus précieux que les vérités »

« Le silence gagna les moindres recoins de la cuisine »

« Bientôt mon père fut là, dans le couloir, éléphant dans un boyau.... Ce soir-là, Gérard ressemblait à une quille de bowling hésitante, tanguant dans le désastre et se cognant aux murs…. »

« Ma propre maison ressemblait à un simple dessin d’enfant. Je n’avais jamais vu une telle architecture… »